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Poèmes en français


Poeme Près d’Avranches

La nuit morne tombait sur la morne étendue.

Le vent du soir soufflait, et, d’une aile éperdue,
Faisait fuir, à travers les écueils de granit,
Quelques voiles au port, quelques oiseaux au nid.

Triste jusqu’à la mort, je contemplais le monde.
Oh! que la mer est vaste et que l’âme est profonde!

Saint-Michel surgissait, seul sur les flots amers,
Chéops de l’occident, pyramide des mers.

Je songeais à l’Egypte aux plis infranchissables,
A la grande isolée éternelle des sables,
Noire tente des rois, ce tas d’ombres qui dort
Dans le camp immobile et sombre de la mort.

Hélas! dans ces déserts, qu’emplit d’un souffle immense
Dieu, seul dans sa colère et seul dans sa clémence,
Ce que l’homme a dressé debout sur l’horizon,
Là-bas, c’est le sépulcre, ici, c’est la prison.


Poeme Près d’Avranches - Victor Hugo