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Poeme Déjà, venant hérissonné

Déjà, venant hérissonné
L’hiver, de froid environné,
S’en va la plaisante verdure
De l’été, qui si peu nous dure ;
Déjà les arbres tout honteux
Il dépouille de leurs cheveux,
Et dans la forêt effeuillée
Court mainte feuille éparpillée ;
Et déjà Zéphyre mollet,
Le mignard et doux ventelet,
Craignant la fureur de Borée,
S’en est allé ; Vénus dorée
Et de nos chants la volupté
Ont avecque lui tout quitté :
Et le suivent en autres places
Phoebus, les Muses et les Grâces,
Et, les oisillons sautelants
Avecque lui s’en vont volants.
Nous aussi donc troussons bagage,
Quittons la douceur du bocage,
Attendant que le printemps doux
Ici les ramènera tous,
Avec le gracieux Zéphyre
Qui de Borée ne craindra l’ire.
Allons, Phyllis, mignonne, allons,
Quittons désormais ces vallons,
Allons aux villes mieux garnies
Passer l’hiver aux compagnies.
Cependant adieu je vous dis,
Jardin, l’un de mes paradis.
Adieu, fontaine, adieu, rivages,
Adieu, de nos bois les ombrages ;
Adieu, Fresnaie, ore qui m’es
Plus chère que ne fut jamais
A roi sa maison sourcilleuse,
D’architecture merveilleuse.
Je m’en vais, mais je laisse en toi
Mon coeur, meilleure part de moi.


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Poeme Déjà, venant hérissonné - Jean Vauquelin de La Fresnaye